Bonjour,
Cet été, j’ai suivi une série de conférences sur l’histoire de la Corée données par le professeur David Mason. C’était extrêmement intéressant donc je vous propose une série de 4 articles dont chacun sera le résumé d’un sujet abordé. Si vous avez l’occasion de suivre ses prochaines interventions, n’hésitez pas car il présente énormément de photos dont la plupart sont issues de ses propres voyages.
Après le bouddhisme, nous partons explorer le néo-confucianisme. Comprendre ses principes est important pour comprendre la culture coréenne qui reste très ancrée dans cette philosophie.
Histoire et principes du confucianisme
Les prémices du confucianisme
Le « I Ching » (vers 1122-900 av. J.C) serait à l’origine du confucianisme. Il représente déjà les éléments naturels par les diagrammes présents sur le drapeau coréen ou la porte de Gwanghwa-mun. Le confucianisme s’est ensuite étoffé vers 700-400 av. J.C avec l’apparition des 5 classiques que sont :
- les livres des :
- changements
- odes (recueil de poèmes)
- rituels
- documents
- les annales du printemps et de l’automne, qui est le premier livre d’histoire écrit par Confucius.
La structuration du confucianisme
Confucius (551 et 479 av. J.C) était un professeur ayant échoué au diplôme gouvernemental de professeur. Cela ne l’a pas empêché de poser les bases du confucianisme :
- la prévalence de l’ordre familial sur l’ordre social
- la bienveillance de l’état
- l’existence d’un espace dédié aux femmes. A l’origine, il s’agissait d’une révolution qui offrait aux femmes un espace de vie et d’expression dans le lequel les hommes ne pouvaient pas intervenir. Ce concept a ensuite malheureusement été détourné.
- la vénération des ancêtres
- le fait que l’existence ou non des dieux ne soit pas importante.
- le fait que les fonctionnaires doivent gagner leur place par leur qualification pour le poste et non par leur relations. Il s’agit ici aussi d’une révolution qui a ouvert les portes l’éducation à une plus grande diversité de profils.
Mencius (372-289 av. J.C) a ensuite approfondi ces concepts de base.
Le confucianisme de la dynastie Han
L’adoption du confucianisme comme système d’état par l’empereur Wu Han en Chine a ancré cette philosophie dans la culture chinoise et coréenne. C’est à cette période que le confucianisme a commencé à arriver en Corée avec l’invasion de la péninsule en 108 av. J.C.
Cependant, le confucianisme s’est réellement imposé en Corée dans les années 300-500, en même temps que le bouddhisme qui le présentait comme la meilleure façon de gérer un gouvernement.
Le philosophe de la dynastie Han, Dong Zhongshu (179-104 av. J.C) a enrichi le confucianisme avec des concepts taoïstes comme :
- le ying et le yang…
- …complétés par la trinité ciel-terre-humanité (choen-ji-in). Celle-ci constitue la base du néo-confucianisme.
- les 5 éléments
- le Feng-shui.
Sa vision du confucianisme a perduré jusqu’en 900 et constitue les bases du néo-confucianisme.
Les débuts du confucianisme en Corée
Le premier sage confucéen coréen, Seol Chong, serait né d’une relation scandaleuse entre le grand maitre bouddhiste Wonhyo-daesa (années 600) et une princesse de l’époque Shilla.
Lui a succédé le « Go-un » Choi Chi-won (857-?) qui a passé une grande partie de sa vie en Chine avant de revenir à Shilla pour sauver son pays. Il reste un personnage très important et vénéré en Chine. Un mémorial lui est même dédié.
C’est à cette époque également que se développent le système des écoles nationales pour former les fonctionnaires (Gukhak) et la culture des autels (Munmyo). Cependant, ces évolutions ne sont pas accompagnées par la disparition des castes sociales.
Il faut ainsi attendre la mise en place de la dynastie Goryeo pour que le confucianisme soit institutionnalisé grâce à l’influence du bouddhisme. C’est également à cette époque que 4 sages intègrent la liste des sages vénérés par le Seonggyun-gwan Daeseong-jeon.
Les débuts néo-confucianisme
Pendant que le confucianisme se développe en Corée, le néo-confucianisme commence déjà à se développer en Chine.
Han Yu (768-824), fonctionnaire de bas-niveau de la dynastie Tang (principalement bouddhiste et taoïste), proteste contre le bouddhisme dans les années 800. Sa protestation se répand comme une trainée de poudre chez les fonctionnaires et conduit à l’interdiction du bouddhisme en 845. Ce rejet du bouddhisme constitue la base du néo-confucianisme.
La protestation de Han Yu a été déclenchée par un festival fêtant l’arrivée du doigt de Bouddha. Selon lui :
- ce festival était trop cher alors que les problématiques du peuple étaient plus importantes
- il s’agissait d’une simple superstition allant à l’encontre de la logique et de la raison
- le bouddhisme est une culture étrangère et la philosophie chinoise est suffisante.
Suite à cet évènement, le néo-confucianisme se développe pour devenir important dans les années 1000. On voit ainsi émerger 5 sages pendant la dynastie Song (960-1279). Ces 5 sages ont écrit quatre livres qui résument les préceptes du néo-confucianisme :
- La grande étude de Daxue
- la doctrine du milieu de Zhongyong
- les annales de Confucius par Lunyi
- et les annales de Mencius par Mengzi.
On considère que c’est Zhu Xi (1130-1200) qui a réellement crée le néo-confucianisme tel qu’il a été adopté comme doctrine officielle pendant 800 ans à la fin de la dynastie Song.
C’est An Hyang (1243-1306) qui, après avoir étudié en Chine, va rapporter le néo-confucianisme en Corée et réussir à l’implanter à la fin de la période Goryeo. Ensuite, avec l’arrivée de la dynastie Joseon (1392-1592) le néo-confucianisme remplace complètement le bouddhisme qui est officiellement interdit.
Le roi Sejong (1418-1450) sera le premier roi à réellement appliquer les principes du néo-confucianisme, notamment la bienveillance envers le peuple.
Le néo-confucianisme en Corée
Particularités du néo-confucianisme en Corée
Le néo-confucianisme coréen est fortement influencé par le shamanisme et le taoïsme, ce qui le rend bien plus proche de la nature que son homologue chinois. A noter que pour le néo-confucianisme, le ciel représente la mère et la terre le père.
La Corée, comme la Chine, met en place des autels pour célébrer Confucius et ses disciples les plus célèbres. L’autel Mun-myo est ainsi dédié à Confucius, 14 de ses disciples, 6 sages et 18 hommes de vertu coréens (2 de Shilla, 2 de Goryeo et de Joseon). Ce n’est pas le cas des autres nations confucéennes.
La trinité ciel-terre-humanité
Elle est omniprésente dans les représentations coréennes avec
- le Sam-taegeuk : trio de couleurs jaune-bleu-rouge
- les stèles reposant sur des tortues : la tortue représente la terre, la stèle l’humanité et la coiffe le ciel.
- les mares avec une île au milieu : la mare carrée représente la terre; l’île ronde, le ciel; et la structure sur l’île (arbre, pagode…), l’humanité.
Les académies néo-confucéennes
Le système des académies (Seowon) est mis en place pour éduquer les meilleurs élèves des écoles publiques :
- Dosan Seowon est la plus célèbre d’entre-elles et accueille encore aujourd’hui les rites mémoriaux des descendants de Confucius et Mencius.
- Sosu Seowon a été fondée au milieu des année 1500 par Toegye Yi Hwang (1501-1570) pour honorer An Hyang.
- Piram Seowon, Donam Seowon, Namgye Seowon, Byeongsan Seowon, Museong Seowon, Dodong Seowon, Oksan Seowon sont d’autres académies moins célèbres mais tout aussi intéressantes.
Autres personnalités importantes
- Yulgok, fils de Shim Saim-dang (seule femme célèbre de cette époque) et rival de Toegye.
- U-am (1607-1689) a prêché pour un néo-confucianisme plus strict, ce qui a conduit à une forte perte de droits pour les femmes.
- Les intellectuels du mouvement scientifique Shilhak (années 1700-1800) qui ont largement contribué à l’avancée scientifique de la Corée.
Le déclin du néo-confucianisme en Corée
Face aux dérives du système néo-confucianiste (corruption, factions…), Heungseon Daewon-gun (1820-98) va le réformer mais sans succès. Il est le père de Gojong, le dernier véritable roi de Corée.
Le néo-confucianisme coréen va ensuite disparaître au fur et à mesure des guerres et occupations que subit le pays entre 1894 et 1987.
Échecs du néo-confucianisme coréen
Le néo-confucianisme a échoué pour plusieurs raisons :
- l’oppression des femmes et des personnes de bas statut pendant les 400 dernières années.
- la corruption entraînée par la prévalence de la lignée familiale sur le mérite.
- l’opposition entre la loyauté envers la famille et le roi/la nation entraînant de nombreuses trahisons.
- l’absence de pardon pour le roi qui porte une responsabilité sans fin.
- la non-application complète du principe de réciprocité des jeunes qui doivent obéir aux anciens et des anciens qui doivent être bienveillants envers les jeunes. La deuxième partie n’ayant jamais été appliquée.
L’héritage du néo-confucianisme coréen
Malgré ses défauts, le néo-confucianisme a aussi de bons côtés et a longtemps constitué la base de la société coréenne. Il reste donc très important de nos jours, notamment en ce qui concerne:
- l’importance donnée à l’éducation
- l’importance de l’ordre social (bien que de moins en moins importante)
- le rôle du gouvernement et des fonctionnaires
- l’obsession à « corriger » l’histoire.
Voilà pour le sujet du jour ! Je n’ai pas tout détaillé sinon, cela aurait été encore plus long… 😉
Nous voici arrivés à la fin de cette série d’articles. D’autres conférences du professeur sont prévues d’ici la fin de l’année, n’hésitez pas à y assister pour profiter des photos. Si je suis disponible pour les suivre, je vous en ferai le résumé de la même façon que pour celles-ci.
A bientôt pour la suite de l’aventure !
