Bonjour,

L’année dernière, je vous ai fait le résumé d’une série de conférences sur l’histoire de la Corée données par le professeur David Mason. Il y a eu une deuxième série de conférences, toujours aussi riches en informations. Je vous propose donc une nouvelle série de 6 articles dont chacun sera le résumé d’un sujet abordé. Si vous avez l’occasion de suivre ses prochaines interventions, n’hésitez pas car il présente énormément de photos dont la plupart sont issues de ses propres voyages.

Après le temple de Doseon-sa, nous partons à la découverte de Go-un, l’un des personnages historiques préférés des coréens.

Introduction

De son vrai nom Choi Chi-won, Go-un (le nuage esseulé, son pseudonyme d’écrivain) est appelé le grand sage après sa mort. Il possédait énormément de vertus et de talents, ce qui fait qu’il symbolise plusieurs thèmes clés.

Go-un incarne l’esprit du 9ème siècle, pendant le déclin de Shilla. Il est également un élément clé de l’harmonie entre le bouddhisme, le confucianisme et le taoïsme dans la culture coréenne.

Il est en effet considéré comme le leader des traditions taoïstes en Corée, le Seondo (le chemin immortel) ou Shinseon-ssang (l’idéologie des esprits immortels). C’est un des rares coréens à avoir atteint le niveau suprême de la sagesse taoïste dans les temps anciens. Malgré son importance pour les coréens, il reste inconnu du reste du monde, sauf en Chine.

La naissance de Go-un (légende)

En 856, la mère de Go-un monte sur Baegun-san et prie pour avoir un fils. L’apparition du bodhisattva de la compassion, assise sur un lotus, récompense ses prières et lui promet un fils. Celui-ci naîtra la même année.

Go-un en Chine (869-885)

A 12 ans, le père de Go-un  l’envoie en Chine pour étudier puis passer l’examen impérial de la dynastie des Tang. Son père lui impose d’obtenir le plus haut grade à l’examen en 10 ans maximum, sinon il le reniera. Go-un réussira en 6 ans, à 18 ans.

Ayant passé l’examen, Go-un souhaitait simplement rentrer chez lui. Cependant, repéré par l’empereur Tang, il fut obligé de travailler pour lui. Il commença par un travail de secrétaire au palais avant d’être désigné magistrat pour le comté de Lishui-xian et enfin gouverneur de Yangzhou (양주), la ville la plus riche de Chine. Cette ascension fut possible car il était très intelligent, mais surtout incorruptible, n’ayant pas de famille dans le pays.

A cette époque, il aurait également appris le taoïsme de Kim Ga-gi. Kim Ga-gi est un coréen de la génération précédente parti en Chine quelques dizaines d’années plus tôt. Il serait devenu un immortel du taoïsme chinois et son corps serait monté au ciel. Go-un aurait donc reçu les enseignements de son esprit et non pas du personnage lui-même.

Entre 874 et 884, lors de la rébellion de Huang Chao, Go-un écrivit deux documents pour aider à l’éteindre. Ses conseils ayant été efficaces, il fut récompensé par l’empereur. L’empereur lui demanda ce qu’il désirait et il répondit qu’il voulait pouvoir enfin rentrer chez lui, ce qui lui fut accordé.

Impacts sur la société coréenne

Son expérience en Chine donne les deux premiers points d’influence de sa vie sur la culture coréenne :

  • L’exil et la solitude : partir loin de la famille pour étudier et ressentir le manque de sa famille.
  • L’obsession des parents pour l’éducation.

Le retour de Go-un en Corée (885-895)

A Gyeongju

A son retour à Gyeongju, capitale du royaume unifié de Shilla, le royaume est sur le déclin. Go-un va travailler pendant 10 ans comme magistrat local et rédacteur de documents royaux. Cependant, son retour fut difficile. En effet, la Corée fonctionnait encore sur un système de castes et il était né dans une caste de nobles de niveau moyen, ce qui l’empêcha d’accéder à de haut postes de fonctionnaires. Go-un fut même pratiquement mis de côté, exclu du gouvernement pour être parti de Corée. Contrairement aux postes qu’il à occupé pour la dynastie Tang où n’importe quelle personne prouvant sa valeur pouvait accéder à un haut poste, étrangers inclus.

Pourtant, les moines bouddhistes de retour de voyage en Chine sont honorés. Ceci est possible car ils ne font pas partie du système de castes nobles mis en place par le confucianisme.

A proximité de la maison de sa famille, il construisit un ermitage dédié aux études, le Dokseo-dang, où il pouvait étudier loin de l’agitation du gouvernement.

Impacts sur la société coréenne

Cela donne le troisième point d’influence de sa vie sur la culture coréenne :

  • Le rejet et l’exclusion des coréens de retour de l’étranger, malgré les compétences et diplômes qu’ils rapportent. odeur d’étranger, qui n’est plus tout à fait coréen.

En province

Frustré de ne pas obtenir un poste à son niveau et se sentant exclu, Go-un quitte Gyeongju pour devenir magistrat de 2 ou 3 comtés où ses compétences seront appréciées.

Le comté de Daesan de 887 à 890?

Ce comté est situé dans la province du nord de Jeolla-do, aujourd’hui le comté de Jeongeup. Go-un y aurait construit le jardin de Yusang-dae. Il aurait également participé à l’élaboration du pavillon Pihyang-jeong (Pavillon drapé de fragrance) pour que les fonctionnaires et érudits puissent se rassembler et discuter.

L’academie Museong Seowon y fut construite dans les années 1700 pour honorer la présence de Go-un comme magistrat de la région. C’est une des 9 Seowon récemment admises par l’UNESCO comme site culturel. Des cérémonies en son nom y sont toujours organisées chaque année.

Le comté de Cheollyeong-gun de 890 à 892?

Situé dans le sud-ouest de la province de Gyeongsang, il fut renommé  le comté de Hamyang en l’honneur de Go-un à l’époque Goryeo. Go-un y aurait construit le pavillon Haksa-ru. Il y a surtout mis en place une digue et la « forêt Bibo » pour protéger la ville des inondations dues à la rivière. Le grand maître géomancien Doseon, aurait rendu visite à Go-Un à cette période et lui en aurait donné l’idée.

Les villes de Gunsan et Seosan ?

Go-un aurait séjourné dans ces villes. Une école publique, Okgu-Hyanggyo, a été construite à Gunsan en son honneur et celui de Confucius et Dangun pendant la période Joseon. De même qu’une académie privée, Yeon-eui Seowon, entièrement dédiée à Go-un.

Historien des temples

Go-un est connu pour avoir écrit l’histoire sur des stèles. Pendant sa période comme magistrat à la campagne, il visitait régulièrement des temples bouddhistes dans lesquels il restait pendant un moment. Pour remercier les temples de leur accueil, il reconstituait l’histoire du temple ou la biographie d’un grand maître du temple et l’écrivait sur ces stèles.

  • La plus ancienne, la stèle de Jiri-san Ssanggye-sa, date de 887.
  • A Boryeong, on peut voir les ruines d’un temple, qui fut l’un des plus importants de Corée. La stèle rédigée par Go-un en 890 y est toujours visible et raconte la vie de maître Muyeom Nanghye

Retour à Gyeongju

De retour à la capitale,Go-un essaie, dans une dernière tentative désespérée, de sauver le royaume. Pour ce faire, il soumet à la reine Jinseong (la dernière des 3 reines régnantes, extrêmement corrompue) un plan de sauvetage basé sur ce qu’il avait appris en Chine : les 10 points de la restauration (시무십여조). Ses réformes sont acceptées et louées, mais finalement ignorées.

Impacts sur la société coréenne

Cela donne le quatrième point d’influence de sa vie sur la culture coréenne :

  • Les réformes proposées dans l’esprit du néo-confucianisme pour sauver les gouvernements sont souvent rejetées et dangereuses. Ceux faisant de telles propositions étant souvent exilés, punis ou exécutés.

Le temps du sage Go-un (896-920?)

Après l’échec de ses réformes, Go-un quitte la capitale, simplement équipé de son bâton de marche et d’un baluchon. Il abandonne toutes ses fonctions et sa famille et part dans la montagne.

Jiri-san

Go-un s’arrête d’abord dans la vallée de Jiri-san Daesong-gyegok (la gorge scénique du grand sage), connue pour la qualité de son eau (utilisée pour faire du thé). Il aurait posé son bâton à l’entrée de la vallée, et lavé ses oreilles dans la rivière pour enlever toute la corruption du gouvernement dont il a été le témoin dans la capitale. Son bâton serait resté planté dans le sol et serait devenu l’arbre (Se-i-am) aujourd’hui présent à cet endroit.

Il serait ensuite passé dans la vallée d’à côté, Jiri-san Cheonghak-dong. Selon les versions, il y a étudié et/ou enseigné ce qu’il a appris en Chine. On y trouve le Samseong-gung érigé en l’honneur de Dangun où a lieu un festival pour la fondation de Joseon chaque année.

Busan

Go-un aurait ensuite passé quelques années à Busan. Il aurait résidé dans un pavillon disparu de Dongbaek-seom, en face de la célèbre plage de Haeun-dae (la plateforme des nuages et de l’océan), qu’il aurait lui-même nommée. Selon la légendre, il est allé sur la colline de Shinseon-dae (la plateforme des esprits immortels) pour faire du yoga taoïste. A force de pratiquer à cet endroit, il est monté au ciel avant d’en redescendre.

La région d’Andong

Go-un va régulièrement à Bingsan Gyegok, une vallée du sud de Uiseong-gun. Il apprécie la vallée en été car il y a beaucoup de grottes avec des entrées d’air frais, une sorte d’air conditionné naturel : les Punghyeol-gul (point d’énergie du vent). Il a séjourné dans le temple de Bingsan-sa dans cette vallée.

Le temple Cheongnyang-sa, dans Cheongnyang-san, près d’Andong fait également partie des temples dans lesquels Go-un a passé du temps. Il y aurait fondé l’ermitage situé au desssus du temple et il aurait également vécu dans les grottes de Goun-dae (Chiwon-dae). Dans ces grotte coule une source dont l’eau rendrait plus intelligent (Chongmyeong-su, 총명수).

Toujours à proximité d’Andong, Go-un aurait visité le temple de Go-un-sa (dont le nom était alors différent).  Ce serait lui qui aurait dessiné les plans du pavillon Ga-un-ru (qui flotte au-dessus des nuages), pavillon qui enjambe un ruisseau.

La fin de la vie de Go-un (920-935?)

Vers la fin de sa vie, en 924, Go-un revient sur le site où sa mère a prié pour sa conception. Il y construit un autel en souvenir des prières de sa mère. Cet autel, le Sang-yeon-dae (상연대), devient un temple important sous la dynastie Goryeo pour les moines bouddhistes adeptes de la méditation qui viennent du temple Shilsang-sa. Plusieurs d’entre-eux auraient atteint l’éveil à cet endroit.

La dernière stèle connue qui pourrait avoir été écrite par ses soins date de 924, au temple de Bong-am-sa Jijeung-dae-sa dans la montagne de Heuiyang-san. Le temple est le plus souvent fermé au public car il est dédié à la méditation. C’est la dernière trace attestant qu’il est vivant.

Il serait ensuite allé au temple de Gaya-san Haein-sa. Il aurait atteint l’état d’immortel après avoir gravi la montagne de Gaya-san. Son corps n’a jamais été retrouvé et il n’a pas de tombe. Mais la légende dit qu’il aurait laissé son chapeau de bambou, ses chaussures et son bâton de marche au sommet de la montagne. Il y a quelques année, l’esprit gardien du temple était représenté par un vieil homme habillé comme un fonctionnaire du gouvernement au lieu des gardiens chamaniques habituels en Corée. Cela pourrait être Go-un mais cette image a été enlevée de l’autel.

Après la disparition de Go-un

Lieu de naissance de Go-un, sur le mont Namsan de Gyeongju devient l’autel Sangseo-jang en 1023 sur ordre du roi Goguryeo Hyeonjong. Il y fait ériger une stèle nommant Go-un « Munchang-hu », le sieur de la beauté culturelle. Et sa descendance établit sa maison à proximité.

Comme nous l’avons vu, de nombreux lieux ont été construits/renommés en son honneur. Comme l’académie Seoak Seowon de Gyeongju, construite en 1600, qui possède un autel dédié à Go-un, au général Kim Yu-Shin (qui aurait unifié la Corée) ainsi qu’à l’érudit Seol Cheong (fils du grand moine Won-hyo, le premier grand érudit confucéen).

L’héritage de Go-un

Le Pungryu

A ce sujet, Gu-un écrit (version simplifiée):

« Notre pays a un dao (tradition, principe) merveilleux et mystérieux, le pungryu (풍류), qui est profond et sublime. Sa source est décrite en détails dans le Seonsa*. En réalité, il combine les trois doctrines (confucianisme, taoïsme et bouddhisme) et les assemble afin de transformer les hommes en sages. »

En effet :

  • Confucius enseigne la piété filiale et la loyauté à nation
  • Lao-tzu enseigne la non-action et l’éducation sans mots
  • Bouddha enseigne la bonne action et l’évitement du mal.

Il est le premier à remarquer les similarités entre ces trois doctrines. Cette idée deviendra populaire en Chine plus tard, sous la dynastie Ming.

Ce thème-culture, signifiant le « vent-fluide », est important dans certaines traditions taoïstes. Il aurait fait partie de l’entraînement militaire coréen des temps anciens. Il est toujours utilisé aujourd’hui dans les discussions en rapport avec l’art et l’ethnicité coréenne.

*note : le Seonsa correspondrait aux chroniques disparues des Hwarangs

Le Cheonbu-gyeong

Les écritures saintes de Seondo seraient un manuscrit (possiblement faux) philosophique écrit par Go-un. Selon les dires, il aurait recopié et traduit un texte trouvé dans les falaises de Myohyang-san. Certains prétendent que le texte d’origine aurait été écrit par Dangun lui-même.

Son contenu traite de la trinité du ciel, de la terre et de l’humanité (Cheon-ji-in), très présente en Corée.

Le père de la littérature coréenne

Go-un est le premier coréen à laisser une collection non négligeable d’œuvres, bien qu’elles soient incomplètes pour certaines. La collection de 20 livres « Gyeweon Pilgyeong-jip (계원필경 집-Labourer le bosquet de Cassia avec un pinceau à calligraphie) » en fait partie.

Il a également laissé des traces de sa calligraphie en la gravant sur des roches et des falaises. Et au moins 4 stèles (biseok), comme évoqué plus haut, dans des temples montagnards sont signées de sa main.

Un esprit national

Les coréens sont fiers de l’héritage de Go-un et le considèrent comme un héro culturel. Voici quelques exemples :

  • Le clan Choi de Gyeongju le considère comme son ancêtre, bien que le clan aie probablement existé plusieurs centaines d’années avant lui.
  • Le grand port international de Shinseon-dae est situé juste sous la colline de Busan où Go-un serait monté au ciel avant d’en redescendre. Certains disent donc que l’esprit de Go-u a participé à l’arrivée de la Corée au 11éme rang mondial du commerce international.
  • Plusieurs montagnes sont nommées Shinseon en l’honneur de Go-un ou d’autres immortels.

Go-un est également une des raisons pour laquelle le monde international, et notamment la Chine, respecte la Corée.

Les sites touristiques et les cérémonies en son honneur.

Environ une centaine de sites touristiques coréens (dont 73 sites sacrés, la grande majorité au sud du pays) revendiquent que Go-un y a été présent pendant sa vie et y a réalisé quelque chose d’important. Aucune autre personnalité coréenne n’a atteint ce niveau de notoriété. De nombreuses cérémonies sont organisées dans ces lieux.

Cependant, cela ne se limite pas à la Corée. En effet, grâce à ses contributions à l’empire Tang et son incorruptibilité , Go-un est un des rares coréens à être vénéré dans 4 sites différents en Chine. Le plus grand site étant le grand autel de Yangzhou. Chaque année y ont lieu des cérémonies regroupant coréens et chinois.

Pour voir de nombreuses images de Go-un, vous pouvez aller sur le site du professeur David Mason.

Voilà pour un rapide survol de la vie de Go-un. La semaine prochaine, nous irons à la rencontre des esprits de la montagne et des dragons 👻🐲. Attachez vos ceintures !

A bientôt pour la suite de l’aventure !

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